INTERVIEW DU 26.08.2005 par ALEX

 

 

NUKEMICHI : Salut Brandon, tout d'abord, j'aimerai que tu m’excuses pour mon anglais déplorable.

 

BRANDON : Ton anglais n'est pas si mal, bien meilleur que mon Français en tout cas.

 

NUKEMICHI : Ce n'est pas vraiment original mais peux-tu présenter ton groupe aux lecteurs ? Quand avez vous donné naissance à The Plot ? Les autres membres jouaient-ils dans d'autres groupes avant ? Une petite biographie...et la question que tout le monde se pose : pourquoi un nom si étrange ?

 

BRANDON : Je chante et je joue du saxophone, le Sir Charles est à la guitare, BH Peligro joue de la batterie et Willy Graves quant à lui joue de la basse. On s'est tous rencontrés à la prison métropolitaine de San Diego. Charles et moi nous étions fait choppés à la suite d'un projet de blanchiment d'argent qui a finalement mal tourné, BH a été bouclé pour cause de "Séduction" et Willy avait dévalisé une bijouterie. On est devenu potes le jour où Willy et BH se sont joints à Charles et moi-même alors que nous étions sur le point de nous battre avec une bande de sept camés au PCP.

Après la baston, on s'est tous les quatre assis pour lécher nos blessures et finalement nous en sommes arrivés à parler de musique et à évoquer à quel point nous étions blasés de ce qui pouvait se passer à San Diego à cette époque. C'était il y a quatre ans et nous sommes devenus inséparables après ça. En ce qui concerne l'origine de notre nom, nous étions un peu pressés par le temps et on devait trouver quelque chose très rapidement car nous avions un concert de prévu. On avait envie d'un nom qui soit facilement mémorisable et qui ne nous enferme pas dans un style particulier. Nous savions qu'en tant que groupe nous allions constamment évoluer et nous voulions donc un nom qui fonctionnerait toujours peu importe l'orientation que prendrait notre musique. On a trouvé l'inspiration pour ce nom dans le livre "Lipstick Traces" de Greil Marcus.

 

 

NUKEMICHI : Raconte nous un peu les débuts du groupe, votre rencontre et votre premier split avec les Necktie Party, avez vous de petites anecdotes à ce sujet et que pensez vous de ce disque avec le recul ?

 

BRANDON : À nos débuts, nous avions pour habitude de nous retrouver au Ackward Bills, on ouvrait pour des groupes de hardcore, des groupes de punk crust et des trucs dans le genre. On était un peu les moutons noirs mais tout se passait dans une ambiance saine. Ca a contribué à renforcer notre mentalité de "nous contre eux" ce qui nous a finalement aidé à nous affirmer individuellement et non comme appartenant à un quelconque mouvement musical. La première fois qu'on a joué hors de la ville, c'était justement avec les Necktie Party qu'on avait rencontré lors d'un concert à Los Angeles. On a vachement accroché avec eux et on a donc décidé de se partager un skeud. J'aime encore beaucoup ce disque, il est très innocent et vraiment brut, je le préfère même de très loin à notre premier album.

 

 

NUKEMICHI : J'ai choppé votre nouveau LP "Love In The Fascist Brothel" et pour moi, ce disque est beaucoup plus mature que "Dissertation, Honey" est-ce que vous pensez que tourner avec des groupes très différents officiant dans des styles divers peut contribuer à élargir vos propre horizons musicaux ?

 

BRANDON : Je ne pense pas que le fait de tourner ait une réelle influence sur notre maturité musicale et sur l'évolution de nos mentalités. Nous avons cessé d'imiter les groupes que nous aimions mais nous nous sommes mis à essayer de penser comme ces groupes, ce qui est différent. Au lieu de vouloir sonner comme certaines formations nous avons voulu penser comme elles. Tout est alors devenu beaucoup plus original après ça. Il faut dire que développer son propre style et faire ressortir sa touche personnelle prend énormément de temps. Tous les groupes, ou du moins en grande partie, débutent avec l'idée de sonner comme certains de leurs favoris et parfois, il faut un bon moment avant de se sentir suffisamment à l'aise les uns avec les autres pour tenter de nouvelles choses. Précisons en ce qui concerne "Love In The Fascist Brothel" que tout ce que nous avions écrit jusque là, nous l'avions écrit avec un line-up différent. Le départ de notre ancien bassiste et l'arrivée de Willy Graves nous ont beaucoup aidé. Willy est musicalement (et sexuellement) beaucoup plus aventureux. Cela nous permet de laisser libre cours à notre imagination et à des idées de plus en plus pointues.

 

NUKEMICHI : Etes-vous totalement satisfait de votre nouveau disque ? Si vous aviez maintenant la possibilité de recommencer, qu'aimeriez vous y changer ?

 

BRANDON : Oui, je suis totalement satisfait de notre nouvel album, je pense que ça reflète parfaitement ce que nous sommes et ce que nous pensons en ce moment. Un son carrément brutal mais sans nécessairement s'appuyer sur des clichés. Nous avons toujours su que pour sonner brutal, tu n'as pas besoin de hurler constamment et d'être super rapide. J'ai toujours pensé que les Stooges ou The Birthday Party étaient bien plus brutaux qu'Orchid ou Cannibal Corpse ou n'importe qu'elle groupe "heavy".

Si tu veux parler de "lourdeur" il n'y pas plus lourd que le "Plastic Ono Band" de John Lennon ou encore le "Lonely Woman" de Ornette Coleman.

Donc non, je n'y changerai absolument rien mais évidemment, je n'aimerai pas refaire un disque comme celui ci. Notre prochain sera encore différent.

 

NUKEMICHI : En ce qui concerne le son, j'ai remarqué qu'il est beaucoup plus crunchy...moins propre. Où avez vous enregistré vos chansons ? Etait-ce le souhait du groupe d'avoir un son un peu plus crade que sur les autres disques ?

 

BRANDON : Et bien nous voulions de ce disque qu'il sonne plus comme ce que nous faisons en concert. Live, nous jouons sur des saloperies de pédales que nous poussons à fond. Jusqu'à présent nos disques étaient une représentation plus propre de notre musique. C'est Rafter Roberts qui nous a enregistré et je pense qu'il a fait du bon boulot en parvenant à capturer le son "live" que nous avions envie d'avoir.

 

NUKEMICHI : Votre musique semble influencée par une paire de groupes chaotiques comme The Crimson Curse, éventuellement An Albatross mais surtout par The Swing Kids et les groupes de San Diego. Que pensez vous de ces groupes ? Ont-ils une quelconque influence sur la musique de TPTBUTET et vous sentez vous proches d'eux ?

 

BRANDON : Effectivement, nous sommes influencés par le son de San Diego. Absolument tout, de Rosie And The Originals (notamment sur notre EP "If You Cut Us, We Bleed") jusqu'à Antioch Arrow. Tu as raison. Par contre, il me semble avoir entendu An Albatross pour la première fois lorsque nous avons joué avec eux (rires). Nos influences ont toujours été très larges et plus "classiques". Des trucs comme John Coltrane ou les Sex Pistols.

 

 

NUKEMICHI : Quels groupes ont particulièrement attiré votre attention lors de vos tournées cette année ?

 

BRANDON : J'ai vraiment beaucoup aimé Bullet Union de Londres. Il y a aussi eu les Blood Brothers et Big Business que nous avons trouvé très intéressants. Pour être honnêtes, nous ne tournons pas avec des groupes que nous n'aimons pas...

 

NUKEMICHI : Si je te demande de me faire un bref bilan de votre tournée Européenne...

 

BRANDON : Ca a été mortel ! C’était encore mieux que ce que nous avions imaginé ! Evidemment il y a eu quelques dindons comme partout, mais globalement tous les concerts ont été géniaux. Cette tournée restera parmi mes meilleurs souvenirs, honnêtement…

 

NUKEMICHI : Que penses-tu de l’engagement DIY en Europe ? Y a-t-il beaucoup de différences entre les Etats-Unis et l’Europe à ce niveau ?

 

BRANDON : Sur un point oui : les kids Européens sont bien plus hospitaliers. Je ne veux pas dire qu’ils ne le sont pas aux States, mais ils le sont vraiment beaucoup plus en Europe. Mis à part cela, les kids sont un peu les mêmes partout ! (rires)

 

NUKEMICHI : Peux-tu nous parler de l’activisme Punk Rock dans ton état ? Les gens se sentent-ils concernés par l’écriture de zines et par la lutte pour certaines idées ?

 

BRANDON : Les gens ici sont certainement plus impliqués dans ce genre de choses que n’importe où ailleurs ! C’est incroyable, il y a beaucoup de zines, de salles de concerts, de labels DIY et de trucs comme ça.

 

 

 

NUKEMICHI : J’ai entendu dire que vous aviez rencontré quelques problèmes concernant vos brassards « Nazi » (CF. photo ci-dessus) Quelles ont été les réactions des gens par rapport à cela ? Y avait-t-il un but précis au port de ce genre de brassard ? Etait-ce finalement pour dénoncer une sorte dictature de l’image et du « paraître » dans le punk ? Mais ne vous inquiétez pas, je ne vous taxe pas de Nazis !

 

BRANDON : Hum, ce n’était pas vraiment des brassards nazis, il n’y avait pas de croix gammée n’est-ce pas ? Il s’agissait juste du logo de notre groupe mais ça a eu l’effet escompté ! D’une manière plus subtile que par la parole, nous voulions dénoncer à quel point le punk pouvait être conformiste et chiant de nos jours. Les gens se ressemblent, s’habillent tous de la même manière, écoutent les mêmes trucs, agissent et pensent de la même façon. C’était en partie une manière ironique et sarcastique de dire au public : « Si vous vous croyez au rassemblement de Nuremberg, alors nous serons vos dictateurs ici » Mais malheureusement, l’ironie et le sarcasme sont des valeurs qui se perdent dans la scène punk actuelle. Je suis certain que nous avons eu une démarche que des groupes comme les Dead Kennedy’s ou les Regan Youth auraient très bien pu avoir.

 

NUKEMICHI : The Plot To Blow Up The Eiffel Tower semble être attiré par le coté provocation en particulier à travers ses prestations live mais aussi à travers les éléments visuels. Qui a réalisé votre artwork pour « Love In The Fascist Brothel » ? Pensez vous que le rock’n’roll doit être choquant, dangereux et provocateur pour rester efficace ?

 

BRANDON : Je ne pense pas que le rock’n’roll ait nécessairement besoin d’être dangereux mais nous faisons ce qui nous excite le plus. Dangereux peut avoir beaucoup de significations. Bob Dylan était dangereux à sa manière lorsqu’il jouait électriquement, tout est relatif. De plus, je pense que l’art, pour être intéressant et valable, doit susciter discussions et débats mais surtout, je pense qu’il doit laisser derrière lui un public divisé. On n’a pas envie de faire quelque chose de « cool » ou de simplement distrayant pour que des gens viennent nous voir et se disent qu’ils ont juste passé un bon moment. Bien sur, il nous arrive de jouer ce rôle mais nous préférons que les gens se creusent un peu la tête, qu’ils soient excités sexuellement ou même qu’ils aient envie de nous tuer. En ce qui concerne la couverture de notre disque, nous l’avons tous conçu ensemble.

 

NUKEMICHI : Devons nous comprendre quelque chose de politique à travers cet artwork ? 

 

BRANDON : Il y a toujours quelque chose de politique dans tout ce que nous faisons même si ce n’est pas notre thème dominant. Ce dernier disque contient beaucoup d’éléments politiques. De manière générale nous baignons la dedans au quotidien.  Au niveau des lyrics, une grande partie de ce disque traite de la vie politique, de la politique de l’amour et de choses comme ça.

 

NUKEMICHI : Avez-vous des projets à part du groupe ?

 

BRANDON : Nous avons tous des trucs à côté, ce n’est pas facile pour nous d’être monogames (rires)

 

NUKEMICHI : Etes-vous des adeptes du fameux « Sex, Drugs and Rock ‘n’Roll »

 

BRANDON : Et bien nous avons tous des relations sexuelles, il nous arrive de prendre de la drogue et nous jouons dans le groupe…alors je pense que oui ! (rires)

 

NUKEMICHI : En France, les gens raffolent de screamo, et nous avons beaucoup de groupes qui officient dans ce genre. Est-ce que tu te sens concerné par ce genre de musique et que penses-tu de cette « mode » ?

 

BRANDON : Je trouve le screamo stupide, tout comme je trouve n’importe quel mouvement de mode stupide. Toute la créativité se perd alors dans une sorte de pensée de groupe.

 

NUKEMICHI : Avez-vous des jobs à côté du groupe ? Pouvez vous imaginer que TPTBUTET devienne un jour votre unique job ?

 

BRANDON : ahahah, oui bien évidement, on a tous des jobs à part du groupe. On ne se fait pas un rond avec The Plot, au contraire, on perd même de l’argent. Mais nous faisons que ce que nous aimons par-dessus tout. Notre groupe deviendrait beaucoup plus commercial s’il devait être notre unique gagne pain.

 

NUKEMICHI : Quand comptez-vous démarrer la nouvelle  tournée ? Avec quels groupes ?

 

BRANDON : On est entrain de s’organiser nous même une tournée sur la côte ouest des States qui débutera d’ici un mois, puis en novembre on doit tourner en Australie et en Nouvelle Zélande avec The Scare et The Mint Chicks.

 

NUKEMICHI : Merci beaucoup Brandon d’avoir pris un peu de ton temps pour répondre, tu veux peut-être ajouter quelque chose ? Que pouvons nous souhaiter au groupe pour l’avenir ?

 

BRANDON : Nous allons sortir un EP de deux chansons sur Artfag Records et espérons le, un nouvel album d’ici un an. On compte aussi revenir vous voir en France l’année prochaine !! Pas de problème Alex…tiens nous au courant de tes activités.

 

SITE OFFICIEL : www.blowuptheeiffeltower.com

 

 

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